La 13e édition des Rencontres de Bamako – Biennale africaine de la photographie, qui se tiendra à Bamako, au Mali, 20 octobre 2022 au 20 décembre 2022, mettra l’accent sur la multiplicité, la différence, le devenir et le patrimoine.

Dans ce « monde globalisé », le récit dominant est précisément celui de la singularité – de l’universalisme, des identités uniques, des cultures singulières, des systèmes politiques isolés. Ce récit s’accompagne toutefois d’un sentiment illusoire de stabilité et de stase ; les identités semblent inaltérables, les cultures immuables, les systèmes politiques mal à l’aise face au changement. Ainsi, en soutenant ce discours omniprésent, nous avons substantiellement perdu de vue la multiplicité, la fragmentation, le processus et le changement, et surtout distillé les notions complexes d’humanité associées à des récits tout aussi complexes.

En décentrant cette 13e édition sur la multiplicité, la différence, le devenir et le patrimoine, le délégué général Cheick Diallo, le directeur artistique Bonaventure Soh Bejeng Ndikung et l’équipe de commissaires des Rencontres de Bamako – Akinbode Akinbiyi (artiste et commissaire indépendant), Meriem Berrada (directrice artistique du MACAAL, Marrakech), Tandazani Dhlakama (commissaire adjointe Zeitz MOCAA, Cape Town), et Liz Ikiriko (artiste, commissaire adjointe Art Gallery York University) – rendent un puissant hommage à la différence, au devenir et à la divergence, dans toutes leurs nuances. En défiant ce qui est défini, en investissant les espaces intermédiaires et en explorant les phases de transition. Sans devoir trancher sur le fait d’être ceci et cela ou ni l’un ni l’autre, la vision curatoriale vient rappeler la déclaration d’Amadou Hampâté Bâ (Aspects de la civilisation africaine. Éditions Présence Africaine. 1972) qui préside à la manifestation, Maa ka Maaya ka ca a yere kono : « Les personnes de la personne sont multiples dans la personne ». L’outil essentiel pour appréhender la nature mouvante et évolutive de la multiplicité réside dans la narration.

Elle incarne un moyen central par lequel l’humanité pointe son objectif sur elle-même et impulse une tentative d’auto-compréhension et de réflexion. L’ampleur des réponses données à travers l’histoire témoigne de la nature congéniale de la narration et de la multiplicité. De plus, les histoires que nous racontons négocient non seulement qui nous sommes, mais préfigurent également les courants sous-jacents de ce que nous deviendrons. Telle est la préoccupation qui se trouve au cœur de la 13e édition des Rencontres de Bamako – les histoires que nous racontons, les multiples facettes de l’humanité que nous accueillons, les notions de processualité, le devenir dans l’être, les identités stratifiées, fragmentées et divergentes, et les multiples façons d’être dans le monde, qu’elles soient vécues ou imaginées.

Il convient de souligner que cela ne s’applique pas uniquement aux questions d’identité personnelle. Au contraire, il s’agit d’une affirmation audacieuse de la transformation et de la transition, du devenir au sens fort du terme, préoccupation tout aussi importante dans la politique des États. Elle s’applique également aux questions d’héritage et de patrimoine. Embrasser l’héritage kaléidoscopique de nos multiples patrimoines signifie les ouvrir et libérer le terme de ses racines étymologiques (le latin patrimonium signifie « l’héritage du père »), imaginant à sa place un concept inclusif de matrimonialité. Ainsi, cette 13e édition des Rencontres de Bamako, intitulée Maa ka Maaya ka ca a yere kono, invite les artistes, les conservateurs, les universitaires, les militants et les personnes de tous horizons à réfléchir collectivement à ces multiplicités d’être et de différences, à dépasser la notion d’être unique et à embrasser des identités composées, stratifiées et fragmentées, ainsi que des compréhensions multiples, complexes et non-linéaires de l’espace et du temps.